Prolégomènes

Journalisme de récit

  • « L’engouement actuel pour le journalisme littéraire, genre hybride, n’est pas sans rapport avec une époque où l’information file à la vitesse de l’éclair, mais ne laisse pas toujours le temps de réfléchir ou de vérifier la véracité des faits. Pourtant, il existe chez les lecteurs une volonté de savourer un journalisme de qualité, fondé sur des informations précises et fouillées, sans rapport avec la reproduction systématique et peu scrupuleuse des dépêches d’agence de presse […] Il est rassurant de constater que les lecteurs ne se contentent pas de ce journalisme de masse insipide, purement factuel, sans analyse nuancée et argumentée, et sans qualité stylistique. Ils souhaitent des informations qui se distinguent tant sur le plan de la forme que du fond, tant sur le plan éthique qu’esthétique.

Ce journalisme-là, que Greenberg qualifie de slow journalism, à l’instar du mouvement slow food, s’apparente à du journalisme au long cours, qui prend le temps de voyager, rencontrer, raconter.

[…] Connery propose une synthèse du concept de journalisme littéraire, en citant d’une part les critères déterminants – immersion, structure, précision, voix, responsabilité, symbolisme ; sélection d’un sujet que l’on peut documenter, recherche par immersion, création de scènes, écriture soignée ; d’autre part en soulignant la différence avec le journalisme conventionnel, qui réside dans le choix de sujets existentiels et le recours à des techniques d’écriture littéraire (mise en scène, dramatisation, importance des détails et descriptions). Là où le journaliste traditionnel présente objectivement des faits pour informer, le journaliste littéraire recourt à une structure et un style qui lui permettent d’interpréter la réalité selon sa propre subjectivité. »

Isabelle Meuret, « Le Journalisme littéraire à l’aube du xxie siècle : regards croisés entre mondes anglophone et francophone », COnTEXTES n°11 « Le littéraire en régime journalistique » (2012)

  • « C’est cette nécessité de parer le réel des oripeaux de la fiction pour mieux le restituer qui constitue le vecteur à partir duquel s’est élaborée une forme spécifique de journalisme, le journalisme narratif, que nous proposons de définir comme une pratique d’écriture journalistique qui utilise consciemment et à dessein les ressources de la fiction pour analyser et interpréter des faits et les retransmettre dans un second temps à un public. […] Marc Lits amène à son tour un complément de définition en écrivant que « certains énoncés extraits du discours journalistique pourraient prendre la forme d’un type narratif lorsque les six critères suivants sont réunis : une succession d’événements, une unité thématique, des prédicats transformés (…), un procès (c’est-à-dire une action qui forme un tout, comprenant un début, un nœud et un dénouement), une causalité narrative qui excède l’enchaînement chronologique, une évaluation finale configurante». Cette première phase définitionnelle appelle aussitôt un éclairage, car tout article de journalisme narratif induit un changement de paradigme dans les pratiques culturelles et dans les habitudes de consommation du lectorat. Celui-ci se retrouve en effet confronté à des modalités nouvelles de réception auxquelles il n’avait jamais, jusqu’alors, été confronté. Avec l’avènement du journalisme narratif, « le travail du lecteur ne se limite pas à suivre la succession des événements, à juxtaposer des séquences (…), mais à organiser les informations qu’il reçoit par un travail cognitif pour dégager un sens global». Le journalisme narratif est un modèle journalistique particulier, produisant « des récits hybrides aux frontières du journalisme et de la littérature. Il se manifeste aujourd’hui dans la sphère journalistique francophone, où il s’inscrit en filiation avec le grand reportage tout en s’affichant comme inspiré du narrative journalism américain». »

Nicolas Pélissier et Alexandre Eyriès, « Fictions du réel : le journalisme narratif », Cahiers de Narratologie n°26 « Nouvelles frontières du récit. Au-delà de l’opposition entre factuel et fictionnel » (2014)

Achronique

« Qui ne tient pas compte du temps, de la durée. » Larousse

Journalisme Gonzo (ou journalisme ultra-subjectif)

« Hunter S. Thompson, instigateur du journalisme gonzo. Enfant terrible de la contreculture, mais aussi journaliste talentueux, son style unique fit des émules, au point qu’il s’est imposé comme un agent provocateur tant dans le monde anglophone que francophone, et au-delà. Le gonzo est né lorsque Thompson devait réaliser la couverture du Kentucky Derby pour le magazine Scanlan’s et qu’il peinait à respecter les délais d’exécution. Faute de temps, l’article était lacunaire, les interviews incohérentes, le tout ressemblant à un assemblage éclectique de notes prises au vol et de commentaires erratiques. Pourtant, les réactions des lecteurs furent enthousiastes, ceux-ci voyant dans l’article une « avancée géniale du journalisme »

[…] En effet, le gonzo s’est imposé comme une marque, un label qui assure que les ouvrages qui s’en revendiquent sont un peu fous, polémiques, et écrits dans un langage décalé, argotique, voire grossier. […] Aujourd’hui, c’est sur la toile qu’il faut se rendre pour rencontrer les héritiers du gonzo. […] Ce n’est pas étonnant puisque le gonzo est un journalisme de l’hyper-réel, du reportage sur le réel mais perçu à l’aune d’un monde virtuel où la limite entre réalité et fiction est parfois difficile à tracer. Dans ses reportages, Hunter S. Thompson franchissait de nombreuses limites, qu’elles soient du « politiquement correct », formelles, stylistiques, mais aussi les limites même de la perception. »

Isabelle Meuret, « Le Journalisme littéraire à l’aube du xxie siècle : regards croisés entre mondes anglophone et francophone », COnTEXTES n°11 « Le littéraire en régime journalistique » (2012)

Prolégomènes

« Longue introduction placée en tête d’un ouvrage, contenant les notions préliminaires nécessaires à sa compréhension. » TLFi